Montréal, Club Soda, 7 février 2004

Cliquez sur la photo pour sa version grand format.



Comme à l'époque du Winter Dance Party.

L'assemblée des fidèles.

Deux étoiles de Cavalcade.

Gibson Everly. Gibson Hummingbird.

Moment sombre.

Alain Pronovost,
à droite.

Plein jusqu'au plafond.


Oh! là là!

Préparatifs.

Matériel de guerre.

Grosse machine.


L'intérieur de
la basilique.


Le piano de
Marie-Hélène.

JFP : derniers
moments de recueillement.

...et la lumière fut.

La Terre promise.

Tenue de scène
classique.

Since she left me...

Soucoupes volantes.

Beau moment.

Autre beau moment.

La bonne humeur règne.

Rock infernal.

Claude Goulet, blessé, joue assis.

Guillaume se concentre.

Taches de lumière.

Les guitares s'emportent.

Robert Tremblay et Robert Prairie.

Robe décolletée.

Robert Tremblay en action.

Robert Tremblay immortalisé par Orange Médias.

Haut les mains!

Musculation.

Playmate un jour,
Playmate toujours.

California Girl.

Bonne photo.

Autre bonne photo.

Beau profil.

Couple uni.

Beau moment.

Homme fier avec ses trois femmes.

L'assistance apprécie.

Camille et son père.

Bel avant-plan.

La solitude du bassiste.

Marie-Hélène : photo sensuelle.
 

LANCEMENT vvvCOMPLET!vvvvvvvvvCOMPLET!

Que la lumière soit, et la musique fut sera lancé le samedi soir, 7 février prochain, au Club Soda, à Montréal. Le livre, publié chez XYZ éditeur, sera en librairie le 10 février.
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Le lancement, un des plus gros de toute l'histoire de la littérature du Québec, sera doublé d'un spectacle rock. Le coût du billet est de $25.00 et comprend, outre l'entrée à ce lancement tout en musique, un exemplaire du livre.


TIRAGE DE DEUX BILLETS ALLER-RETOUR MONTRÉAL/PARIS PAR AIR CANADA

Les personnes qui, le soir du lancement, se procureront des livres supplémentaires (à $15.00 l'exemplaire) participeront au tirage de deux billets aller-retour Montréal/Paris par Air Canada. (Un billet de tirage par livre supplémentaire acheté.) Le tirage aura lieu à la fin de l'entracte.


GAGNANTE DU VOYAGE À PARIS

L’heureuse gagnante des deux billets d’Air Canada Montréal/Paris aller-retour est
Mme M. Milette, de Montréal. Félicitations!


CAVALCADE D'ÉTOILES

Cavalcade D'Étoiles est le nom du spectacle de musique rock présenté le soir du lancement de Que la lumière soit, et la musique fut. Ce nom est emprunté à "Cavalcade of Stars", qui désigna, à la fin des années cinquante, une des premières tournées de l'histoire du rock. CAVALCADE D'ÉTOILES regroupe quelque quinze musiciens, chanteurs et choristes, parmi lesquels André Pronovost. Eh oui! Attendez de le voir avec sa belle guitare noire des Everly Brothers!


Ce spectacle en deux parties de quarante-cinq minutes présente des chansons d'Elvis Presley, des Rolling Stones, de Bob Dylan et de Zachary Richard, pour n'en nommer que quelques-uns. Satisfaction garantie ou argent remis!


MUSICIENS, CHANTEURS ET CHORISTES
DE CAVALCADE D'ÉTOILES

Lorraine BOUCHARD (Mont-Saint-Hilaire, Québec), voix
Sophie DÉSOURDY (Montréal), voix
Claude GOULET (Courcelles, Beauce, Québec), voix, basse, clavier
Guillaume MARQUIS (Montréal), batterie
Marie-Hélène PENNESTRI (Montréal), piano
Robert PRAIRIE (Montréal), voix, guitare
Alain PRONOVOST (Manille, Philippines), voix
André PRONOVOST (Laval), voix, guitare
Jean-François PRONOVOST (Montréal), voix, guitare, harmonica
Pierina SAIA (Montréal), voix
Robert TREMBLAY (Aylmer, Québec), voix, guitare
Camille TRUDELLE (Rosemère, Québec), violon
Louis TRUDELLE (Rosemère, Québec), violon
Victoria C. VALENTINO (Hollywood, Californie), voix


CONCERT DU 7 FÉVRIER : LISTE DES CHANSONS INTERPRÉTÉES


The Promised Land (B. Springsteen), Bruce Springsteen, 1978
When Will I Be Loved (P. Everly), Everly Brothers, 1960
Bye Bye Love (F. Bryant/B. Bryant), Everly Brothers, 1957
Not Fade Away (B. Holly/N. Petty), Rolling Stones, 1964
Ruby Tuesday (M. Jagger/K. Richards), Rolling Stones, 1967
Stood Up (W. Dickerson/E. Herrold), Rick Nelson, 1957
Only the Lonely (R. Orbison/J. Melson), Roy Orbison, 1960
Two of Us (J. Lennon/P. McCartney), Beatles, 1969
Here Comes the Sun (G. Harrison), Beatles, 1969
Câline de blues (P. Harel/G. Boulet/M. Lamothe), Offenbach, 1971
Y a les mots (F. Guy/C. Péloquin/F. Raymond), Francine Raymond, 1993
Losing My Religion (B. Berry/P. Buck/M. Mills/M. Stipe), R.E.M., 1991
Route 66 (B. Troup), Chuck Berry, 1961
Donna (R. Valens), Ritchie Valens, 1959

Paint It Black (M. Jagger/K. Richards), Rolling Stones, 1964
Handle With Care (B. Dylan/G. Harrison/J. Lynn/R. Orbison/T. Petty), Traveling sssWilburys, 1988
Killing Me Softly With His Song (C. Fox/N. Gimbel), Roberta Flack, 1973
City of New Orleans (S. Goodmann), Arlo Guthrie, 1972
La Troisième (R. Prairie), Robert Prairie
Desolation Row (B. Dylan), Bob Dylan, 1965
So Long, Marianne (L. Cohen), Leonard Cohen, 1968
Dream Baby (C. Walker), Roy Orbison, 1962
Au bord de lac Bijou (Z. Richard), Zachary Richard, 1996
Singing the Blues (M. Endsley), Guy Mitchell, 1956
Shake, Rattle and Roll (C. E. Calhoun), Elvis Presley, 1956
All I Have to Do Is Drum (G. Marquis), Guillaume Marquis
J’entends frapper (M. Pagliaro), Michel Pagliaro, 1972

Oh, Pretty Woman (R. Orbison/J. Melson), Roy Orbison, 1964
I Want to Be Free (J. Leiber/M. Stoller), Elvis Presley, 1957


ENREGISTREMENT SONORE ET CAPTATION VIDÉO DE CAVALCADE D'ÉTOILES

L'enregistrement sonore du concert rock sera fait par Danny George Studio (Aylmer, Québec). La captation vidéo sera faite par Orange Médias (Montréal), à partir de deux caméras PD 150, Sony, DV cam.


A LETTER TO OUR ENGLISH-CANADIAN AND AMERICAN FRIENDS


Hi!

My brother André’s latest novel will be launched on February 7, 2004 at Club Soda in downtown Montreal. This will be a huge party with more than 700.

While the book is in French (with an English translation in sight), I thought that you might still want to attend as the launching is blended with a rock show featuring more than a dozen singers and musicians. This will be your ONE opportunity to hear André and I…

Admission is $25 dollars CDN, or $20 dollars US.

Hope to see you at the party. Please keep me posted.

Kind regards,

Jean-François Pronovost


 

SUSAN SCOTT KRABACHER ET VICTORIA VALENTINO

Que la lumière soit, et la musique fut lance des œillades à la Playmate de Playboy (ce que faisait déjà Kimberly, Mère de Dieu), et c’est ce qui explique la présence au Club Soda, l’autre soir, de deux ex-Playmates, Susan Scott Krabacher et Victoria Valentino.

Susan Scott Krabacher a été la Centerfold de mai 1983, en plus de faire la couverture du célèbre magazine quelques mois plus tard. Elle est co-fondatrice et présidente de Foundation for Worldwide Mercy and Sharing, une œuvre de bienfaisance dédiée aux enfants les plus démunis d’Haïti. Elle vit à Aspen, au Colorado, quand elle n’est pas elle-même « sur le terrain », au milieu de « ses » enfants. On a pu la voir à INSIDE EDITION (08/07/00), GOOD MORNING AMERICA (10/11/00) et THE OPRAH WINFREY SHOW (23/04/01). Elle signe la préface de Que la lumière soit, et la musique fut, dans lequel elle est d’ailleurs romancée.

Le cheminement de femme pour le moins fascinant de Krabacher s’applique également à Victoria Valentino, la Playmate de septembre 1963, romancée elle aussi par André Pronovost. Infirmière diplômée, bénévole auprès des mourants de sa paroisse, femme de théâtre et journaliste à la pige, cette féministe et fille d’un maquettiste de renom pour Walt Disney anime depuis quelques années une série télévisée d’interviews de femmes à Van Nuys, en Californie. En 1968, la mort par noyade de son petit garçon a déchiré sa vie et brusquement mis fin à ses aspirations de chanteuse et à ses projets de contrat avec Capitol Records. Membre de CAVALCADE D’ÉTOILES, Victoria a interprété Killing Me Softly With His Song et City of New Orleans le soir du lancement.


ROBERT TREMBLAY EN DEUIL DE SA SŒUR

Lyne Tremblay, la sœur d’un des membres de Cavalcade d’étoiles, Robert Tremblay, est décédée à Laval le 15 mars dernier, à l’âge de 44 ans.

En dépit d’une maladie qui l’accablait depuis longtemps, Lyne était une personne enjouée, extrêmement accueillante, et une grande admiratrice de Cavalcade d’étoiles. Elle avait assisté au lancement de Que la lumière soit, et la musique fut, le 7 février dernier.

À Robert et à sa famille, nos plus sincères condoléances.


CAVALCADE D’ÉTOILES À LA TÉLÉVISION AMÉRICAINE


À Los Angeles, Victoria Valentino a profité de son émission du 17 mars dernier pour
s’« interviewer elle-même », comme elle dit. Elle a fait mention de sa participation, à titre d’invitée d’honneur, à la cérémonie des Boulder Community Media Awards, à Boulder, au Colorado. Et elle a souligné la graduation récente de sa fille Meagan à l’Institut de musique de Hollywood.

Puis, après avoir parlé du livre d’André et de la fête au Club Soda, elle a introduit Cavalcade d’étoiles à son auditoire californien par le truchement d’un extrait du vidéo d’Orange Médias. L’extrait était un pot-pourri de Handle With Care, Killing Me Softly With His Song et City of New Orleans.


PLAYMATE SUSAN VA DE L’AVANT!


Notre chère Susan Scott Krabacher (celle qui, comme vous le savez tous, signe la préface de Que la lumière soit, et la musique fut) a fait l’objet d’un article fort intéressant en page frontispice du Wall Street Journal, le 1er mars dernier.

Rien, pas même les troubles majeurs qui secouent actuellement Haïti, n’arrête Little Susie dans son travail auprès des enfants de Port-au-Prince. Félicitations!

 

LA CHRONIQUE ROCK D’ANDRÉ PRONOVOST

Dans cette chronique rock hebdomadaire, l’auteur de Que la lumière soit, et la musique fut disserte sur les 29 chansons interprétées lors du lancement-spectacle du 7 février dernier. Il fait l’historique rock de chacune de ces chansons, et raconte leur incorporation au répertoire de Cavalcade d’étoiles.

o-o-o-o-o


HANDLE WITH CARE

(B. Dylan/G. Harrison/J. Lynn/R. Orbison/T. Petty)
Traveling Wilburys, 1988

C’est sous l’appellation de Traveling Wilburys que se réunirent à Los Angeles, à l’été de 1988, trois figures légendaires du rock : Bob Dylan, George Harrison et Roy Orbison, avec Jeff Lynn et Tom Petty.

Dylan, Harrison et Orbison n’allaient nulle part. Le premier donnait des spectacles que même ses plus fidèles disciples qualifiaient d’ordinaires. Harrison connaissait des ennuis matrimoniaux et financiers. Il arrivait à Orbison de chanter devant des salles de quinze personnes. On doit au hasard et à l’amitié, autant qu’aux affinités musicales, cette réunion géniale.

C’est Harrison qui fit l’ébauche de Handle With Care, un titre qu’il prit sur une boîte de carton, et c’est Orbison, avec ses deux mesures, qui la marqua de sa griffe de grand oiseau tacheté, et la mit en orbite. Handle With Care fut un immense succès commercial et artistique, tout comme l’album qui l’abritait. Orbison décéda quelques mois plus tard, au moment où il complétait sa renaissance et son retour dans la mêlée du rock avec son magnifique Mystery Girl.

Notre interprétation de Handle With Care au Club Soda, immortalisée sur vidéo, fait jaser jusque dans le Maine. Robert Tremblay mène la chanson avec l’aisance d’un vieux routier. J’adore chanter la partie d’Orbison. Personne ne va reprocher à Claude Goulet, à Guillaume Marquis et à mon frère Jean-François de ne pas être à leurs affaires.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : guitare
Robert Tremblay : voix, guitare, harmonica

 

I WANT TO BE FREE
(J. Leiber/M. Stoller)
Elvis Presley, 1957

Une autre chanson du prolifique duo Jerry Leiber et Mike Stoller. Une chanson de bande, avec les Jordanaires, sur une musique d’inspiration noire. Extraite du film Jailhouse Rock, elle est peu connue, contrairement à la chanson thème de cette production en noir et blanc, conçue rapidement et sans grosses dépenses. Notre Elvis est en taule pour un coup de poing trop rudement porté. Le gars est mort. « Je veux être libre comme l’oiseau dans l’arbre », chante Elvis dans sa cellule. Cette façon d’aborder le thème de la liberté non seulement diffère de celle de Sartre et de Camus, mais fait d’Elvis un précurseur de Dylan, de Joan Baez et du pasteur King. On ne s’ennuie jamais avec Elvis.

Un biographe cruel du King, Albert Goldman, écrit que le film présente Elvis comme un jeune égoïste lent et stupide, qui mange les lignes de son texte. « Elvis n’a jamais rien dit de bon de ce film, écrit Goldman : c’était trop près de la vérité. »

Une des scènes les plus mordantes du film est celle où l’héroïne, une jeune fille bien élevée, présente Elvis à ses parents, des intellectuels typiques d’une ville universitaire. Quand ils apprennent qu’Elvis est dans la musique, ils se mettent à parler de jazz progressif. Goldman écrit : « Cela rend Elvis fou, autant dans le film qu’il aurait pu l’être dans la vie, car Elvis déteste le jazz, auquel il ne comprend rien. »

Judy Tyler, l’excellente comédienne qui incarne l’amie d’Elvis, mourra avec son mari quelques jours après le tournage. Accident de la route. Elle avait 23 ans.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : voix, basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Robert Prairie : guitare
Alain Pronovost : voix
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix
Robert Tremblay : voix, guitare

OH, PRETTY WOMAN
(R. Orbison/B. Dees)
Roy Orbison, 1964

C’est à la fois le plus gros succès d’Orbison et l’une des pièces les plus connues de toute l’histoire du rock. Elle suivit Only the Lonely, Running Scared, In Dreams et les autres. Ce qui étonne, c’est qu’après Pretty Woman Orbison ne renoua avec le succès qu’un quart de siècle plus tard, peu avant sa mort.

Roy et son copain Bill Dees mirent moins d’une heure à écrire la chanson. Elle leur fut inspirée par l’épouse de Roy, Claudette Frady Orbison, que la mort allait faucher une couple d’années plus tard. Cette jolie brune sans arrière-pensée s’était éprise de Roy bien avant que celui-ci ne devînt célèbre. Roy n’était ni riche et, avec ses drôles d’yeux et ses oreilles décollées, ni Monsieur Texas. Même qu’il devait sauter des repas, comme plusieurs des pionniers du rock. Lui et Claudette se tapaient des galettes.

Pretty Woman comporte un couplage batterie-guitare rythmique connu des grands orchestres mais peu exploité à ce moment-là par les musiciens rock. Les connaisseurs disent que cette originalité musicale a jeté un pont entre le rock du début et celui des Beatles et des Rolling Stones.

La plupart des musiciens qui jouent sur Pretty Woman et sur les précédents classiques de Roy sont des légendes : le batteur Buddy Harman (que les présidents Kennedy, Ford, Carter et Reagan inviteront à la Maison-Blanche), le pianiste Floy Cramer (mort), les guitaristes Jerry Kennedy, Hank Garland (mort) et Ray Edenton (né en Virginie, près de la piste des Appalaches). Ce sont eux qui, avec Chet Atkins (mort), accompagnaient Don et Phil Everly (toujours vivants) à la fin des années cinquante.

Une adecdote, pour terminer. Un critique présent à un concert des Teen Kings, le groupe de Roy d’avant la célébrité, avait trouvé ceci à dire : « Si ces types pouvaient larger Orbison, ils iraient loin. »

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Robert Prairie : guitare
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : guitare
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : guitare
Camille Trudelle : violon
Louis Trudelle : violon

J’ENTENDS FRAPPER
(M. Pagliaro)
Michel Pagliaro, 1972

Né à Montréal en 1948, Michel Pagliaro a 11 ans lorsqu’il commence à chanter et à jouer de la guitare. Il tâtonne assez longtemps, comme ces gens que rebutent les compromis imparfaits.

J’entends frapper porte bien son nom. Les coups sont durs et répétés. Ça vous donne des frissons dans le dos. Les paroles sont quelconques. Ce qui est sûr, toutefois, c’est que celui qui les chante ne veut rien devoir à la chance. Les vrais rockers cultivent la foi, le courage et, quand les mecs douteux qui les entourent sont tenus à l’œil, l’amitié. La chance, c’est pour les faibles, les petits, les veinards insipides.

J’entends frapper est non seulement le 45-tours le plus vendu de toute l’histoire du rock québécois, mais l’une des rares chansons d’ici à avoir tourné au Canada anglais.

Remarquable, l’interprétation de J’entends frapper par mon frère Jean-François le soir du 7 février. Le solo instrumental, lui, ressemble étrangement à l’hymne national de l’Enfer.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Robert Prairie : guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare

SHAKE, RATTLE AND ROLL
(C.E. Calhoun)
Elvis Presley, 1956

Les premières chansons d’Elvis Presley sont souvent des reprises. Mais le traitement musical et vocal qui leur est donné les rend méconnaissables. C’est ce qui crée le rock and roll. C’est ce qui le met en orbite, en tout cas.

Elvis enregistre Shake, Rattle and Roll chez RCA, à New York, le 3 février 1956. Accompagnent le futur King : Scotty Moore à la guitare, Bill Black à la basse et D.J. Fontana à la batterie. Plus Frederick Earl Long, un pianiste noir de 15 ans qu’on surnomme Shorty Long, tant il est petit. Ce natif de l’Alabama mourra à 29 ans.

Comme si les arrangements inédits et la voix incroyable d’Elvis ne suffisaient pas, les paroles de Shake, Rattle and Roll sont épicées par rapport à celles qu’on retrouve sur la version de Bill Haley et ses Comets, l’année d’avant. Elvis s’abandonne à une prose terrible. « Le soleil transperce tes robes… je n’arrive pas à croire tout ce que je manque. » « Je suis comme un chat devant un aquarium… je puis maintenant te regarder… tu n’es plus une enfant. » À la télévision nationale, autant qu’en spectacle avant et après la sortie de cette chanson, Elvis n’aura d’autre choix que de lui trouver d’autres paroles.

Lors du concert au Club Soda, le chanteur subversif et sans morale que je suis a fait fi des mises en garde de ses conseillers en communication et a choisi d’interpréter la version offensante de Shake, Rattle and Roll. « Le soleil transperce tes robes… je n’arrive pas à croire tout ce que je manque. »

Chargé comme un Magnum, notre Guillaume national a enchaîné avec un solo de batterie dont on parle encore.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : harmonica
Robert Tremblay : guitare

SINGING THE BLUES
(M. Endsley)
Guy Mitchell, 1956

Ballade écrite en 1955 par un paraplégique de l’Arkansas que seule sa mère connaissait, Melvin Endsley. Marty Robbins l’enregistra. Mais c’est un ancien choriste de Carmen Cavallaro, Guy Mitchell, avec derrière lui le grand orchestre de Ray Conniff, qui propulsa Singing the Blues au sommet du Billboard, en 1956. Ce standard de la chanson populaire américaine, marqué du thème de la solitude morale, a été, jusqu’à ce jour, interprété par plus de cent artistes, de Van Morrison à Paul McCartney, en passant par André Pronovost.

C’est vrai! Je laisse à mon ami musicien Robert Tremblay le soin de décrire mon interprétation de Singing the Blues le soir du 7 février 2004, au Club Soda : « Tous auront remarqué la voix d’André Pronovost, pleine d’une fébrilité adolescente que tentait de tempérer, comme dans les tragédies grecques de l’Antiquité, le chant en écho des trois choristes, Lorraine Bouchard, Sophie Désourdy et Pierina Saia. »

Mitchell mourut en 1999, à l’âge de 72 ans, après avoir laissé la chanson pour s’occuper d’œuvres humanitaires. Quant à Endsley, en dépit de sa chaise roulante, il essaya un certain temps de se faire connaître comme chanteur. Il mourut en 2004, à l’âge de 70 ans.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
André Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : guitare

 

AU BORD DE LAC BIJOU
(Z. Richard)
Zachary Richard, 1996

C’est l’histoire d’une grande passion entre deux oiseaux. D’un grand amour entre deux êtres : « Un grand monsieur, noir comme la nuit, sa demoiselle avec lui. » À elle seule, cette chanson qui déchire le cœur fait du fils d’Eddie Joseph Richard et de Marie Pauline Boudreaux un des artistes les plus impressionnants et les plus attachants de la francophonie nord-américaine.

Un mot sur Eddie Joseph, tant il est grand : catholique engagé, chef scout et policier, ingénieur de vol dans l’U.S. Air Force au cours de la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi un coureur à pied qui détient le record du mille pour l’État de la Louisiane.

Ralph Zachary Richard est né à Lafayette, en Louisiane, en 1950. Muddy Waters et Bob Dylan, et dans une certaine mesure Bruce Springsteen et Elvis Presley, sont des saints de sa paroisse. La musique de Zachary Richard emprunte au folklore traditionnel de la Nouvelle-Orléans, au blues et au rock. Elle a quelque chose, aussi, de la Beat Generation. Musique vivante et pourtant triste. Musique légère et pourtant grave. Musique religieuse si l’on tient compte du fait qu’elle ramène la vie à son statut de drame. Zachary Richard est un humaniste, un être épris d’ordre profond.

La pudeur qui l’habite n’assèche pas sa plume ni ne freine son militantime. Ses prises de position en matière de protection de l’environnement sont connues, tout comme son affection pour les Indiens du Québec. Son combat pour la survie du français en Louisiane et au Nouveau-Brunswick est le fruit d’une réflexion profonde et d’un bouleversement qui n’a rien de passager. Aucun artiste québécois n’a défendu la langue française avec autant de passion et de bienveillance gratuite.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix
Camille Trudelle : violon
Louis Trudelle : violon


DREAM BABY

(C. Walker)
Roy Orbison, 1962

À l’automne de 1987, peu avant l’aventure des Traveling Wilburys, un des grands vidéos de l’histoire du rock est tourné à l’Ambassador Hotel de Los Angeles : Roy Orbison and Friends : A Black and White Night. On y voit Roy sur son trente-six, flanqué d’amis qui n’arrivent pas de Star Académie : Bruce Springsteen, Elvis Costello, Tom Waits, T Bone Burnett, James Burton, Jackson Brown, J.D. Souther, Bonnie Raitt, k.d. lang, Jenny Warnes, et quelques autres. Leonard Cohen est dans l’assistance.

Dream Baby est une chanson simple mais vigoureuse, aux phrases qui se répètent comme une litanie à la Sainte Vierge, sauf que la Vierge s’appelle baby, un peu comme dans Kimberly, Mère de Dieu. La version que Jean-François et moi avons faite au Soda s’inspire de celle du vidéo de Los Angeles. Lorraine Bouchard, Sophie Désourdy et Pierina Saia se font aller les sha-da-da. La bonne humeur règne. Le temps fort de cette pièce sobre en figures de style mais riche en ah-huh-huh commence avec l’avant-dernier couplet, chanté en sourdine, comme pour endormir le bébé. Suit un silence que Jean-François, à la manière de Bruce Springsteen, brise d’un cri de chef de peloton. Les deux battements de tambour qui suivent font croire à la détonation qui précédera le Jugement dernier.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix


SO LONG, MARIANNE

(L. Cohen)
Leonard Cohen, 1968

C’est la plus connue et une des plus romantiques des chansons de Cohen. C’est aussi celle qui, par sa cadence lyrique, trahit le plus les goûts musicaux premiers de Cohen. Celui-ci a débuté avec les Buckskin Boys, un groupe country. C’est le hasard qui a retenu à New York le jeune Cohen en route pour Nashville. Il a côtoyé Joni Mitchell, Janis Joplin, Jenny Warnes, Bob Dylan. Il assistera, des années plus tard, à l’enterrement de Roy Orbison.

Cohen est né à Montréal, et a fréquenté l’Université McGill. Poète et romancier influencé par Jack Kerouac, il a été membre des « Six Montreal Poets ». Sa chanson Suzanne, enregistrée par Judy Collins, doit son nom à l’épouse d’Armand Vaillancourt, le grand sculpteur québécois.

Cohen est un amoureux passionné, un être de conscience et d’épisodes dépressifs, fasciné par le Christ et par le thème de la Crucifixion. Je résume les propos qu’il tient à Kris Kirk, en 1988, dans la revue Poetry Commotion : « La position morale du Christ reste inégalée dans l’Histoire. Son étreinte inclut le pécheur, la prostituée, le criminel, le proscrit. Son message subversif et révolutionnaire continue, encore aujourd’hui, de nous laisser pantois. Sa célébration des humbles est, à ce moment-ci de l’aventure humaine, une stupéfiante antithèse. »

Club Soda, 7 février 2004 : Jean-François Pronovost chante So Long, Marianne accompagné de Pierina Saia. Soulignons la force attendrissante des violons des deux Trudelle, Camille et Louis.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix
Camille Trudelle : violon
Louis Trudelle : violon


DESOLATION ROW

(B. Dylan)
Bob Dylan, 1965

Enregistrée à New York le 2 août 1965, Desolation Row est la dernière pièce du sixième album de Bob Dylan, Highway 61 Revisited. C’est une des préférées des admirateurs
de Dylan, et aussi une sur laquelle, en dépit de ses images littéraires puissantes,
« l’ex-détenu » ne s’est pas attardé. Il finissait de l’écrire lorsqu’il l’enregistra.

La chanson décrit un lieu habité par des personnages grotesques et malheureux, différents les uns des autres mais tous pareils sur l’essentiel : aucun d’eux n’est libre. Certains exégètes soupçonnent Dylan d’avoir décrit une rue de New York, d’autres sa ville natale de Duluth, au Minnesota.

Que cette chanson ait donné lieu à de nombreuses thèses n’a rien d’étonnant. Elle abonde en références bibliques et culturelles complexes : Caïn et Abel cohabitent avec le Bossu de Notre-Dame et avec Einstein déguisé en Robin des Bois. Le monde est à ce point désespérant, semble dire Dylan de sa voix laconique et prophétique, que le Bon Samaritain de l’Évangile passe pour un freak de carnaval.

Claude Goulet, Guillaume Marquis, Robert Prairie et Jean-François Pronovost ont fait de Desolation Row une réussite totale. L’assistance reconnaît la pièce dès ses premiers coups de feu. La voix de mon frère rappelle celle de Dylan.

Vous ne passez pas n’importe quoi à ce vieux merle de Prairie : le vidéo du concert nous le montre, le pouce en l’air, faisant signe au régisseur de mettre plus de poudre dans sa guitare.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare, harmonica


LA TROISIÈME

(R. Prairie)
Robert Prairie

Notre ami Robert Prairie ne possède pas une guitare Gretch Streamliner pour rien. C’est un amateur de jazz et un grand admirateur de John Coltrane, le saxophoniste mystique de la Caroline du Nord, à qui on doit A Love Supreme et la méthode three-on-one, ou l’art de jouer trois notes à la fois. Robert, qui était membre d’un petit groupe rock à l’adolescence, s’éprit pour le jazz au début de l’âge adulte, tout à fait naturellement, intrigué par la structure de cette forme musicale.

Les ébauches de La Troisième datent du début des années quatre-vingt. La pièce eut longtemps un côté brouillon, et, comme les jumeaux Trask dans À l’est d’Éden, elle fut longtemps sans nom. Mais Robert la raviva et la baptisa en 1995, l’année où naquit sa troisième fille, Florence. Il en fit une version d’une grande fluidité, qui s’apparente davantage au swing qu’au jazz traditionnel.

La Troisième fut tirée des boules à mites pour le concert au Club Soda. Robert l’enrichit d’une entrée et d’une finale, et modifia quelques accords. C’est une pièce magnifique, mue par une grande passion.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare


CITY OF NEW ORLEANS

(S. Goodmann)
Arlo Guthrie, 1972

On dira ce qu’on voudra, mais les auteurs de chansons des années cinquante, soixante et soixante-dix confirment le mot de Corneille suivant lequel la valeur n’attend pas nécessairement le nombre des années. Ils sont jeunes et talentueux, comme l’étaient en poésie Nelligan et Rimbaud, ou Jack Kerouac sur la route. L’un deux, Steve Goodmann, avait 22 ans quand, au cours d’un voyage en train qui l’amenait avec sa jeune épouse voir la grand-mère de cette dernière, il s’empara d’un bout de papier et écrivit d’une calligraphie de jeune fille rangée ce classique plein de nostalgie qu’est City of New Orleans. Le train dont parle Goodmann s’appelle City of New Orleans, et la compagnie Illinois Central. La disparition de nombreuses lignes de trains de passagers blesse l’Amérique au flanc, écrit Goodmann en substance.

Il enregistra sa chanson en 1971, mais c’est Arlo Guthrie, le fils du légendaire Woody Guthrie, qui la mit sur les rails, l’année d’après.

Steve Goodmann mourut de la leucémie en 1984, à l’âge tragique de 36 ans. Johnny Cash, Willie Nelson, Bonnie Raitt et Joan Baez comptent parmi les artistes qui, encore aujourd’hui, honorent sa mémoire en enregistrant ses chansons.

Remarquable fut l’interprétation de City of New Orleans par Victoria Valentino au Club Soda. La voix est grave. Le bras balance et la main tremble. On croirait voir un prédicateur du sud des États-Unis. L’éclairage crépusculaire et les accords de guitare clairs de Robert Prairie, qui sonnent comme la cloche du train de l’Illinois Central, ajoutent à la nostalgie et au sentiment d’urgence de la situation.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : claviers
Robert Prairie : guitare
Victoria Valentino : voix


KILLING ME SOFTLY WITH HIS SONG

(C. Fox/N. Gimbel)
Roberta Flack, 1973

L’histoire commence par un concert de Don McLean au Troubadour Club de Los Angeles, qui est un peu le Club Soda de là-bas. Lori Lieberman, une chanteuse débutante dans la tradition des Carole King et Joni Mitchell, assiste au concert. Don McLean et sa chanson American Pie, qui ne sont pas encore connus, bouleversent Lieberman au point de lui inspirer un poème qu’elle couche sur une serviette de table, et qu’elle intitule Killing Me Softly With His Blues. Dans les jours qui suivent, elle soumet son poème à deux compositeurs de Capitol Records, Charles Fox et Norman Gimbel. Ceux-ci mettent aussitôt le poème en musique, l’appellent Killing Me Softly With His Song, et Lieberman l’enregistre. Mais, nonobstant la superbe interprétation qu’en fait la jeune chanteuse, Killing Me Softly With His Song ne va guère plus loin qu’une bulle d’eau savonneuse.

L’année d’après, séduite par la chanson autant que par son titre, Roberta Flack la reprend avec, derrière elle, la machine de guerre de Quincy Jones. Non seulement la version de Flack met moins d’un mois à atteindre la tête de l’US Billboard, mais elle vaut trois trophées Grammy à son interprète et à ses auteurs.

La vie est cruelle. Lori Lieberman n’a jamais touché deux sous des millions de dollars que rapporta cette chanson reprise depuis par un nombre quasi incalculable d’interprètes et d’orchestres.

C’est par téléphone depuis Hollywood que notre Playmate nationale a fait connaître sa version de Killing Me Softly With His Song à Claude Goulet, le bassiste de Cavalcade d’étoiles. Lui et Robert Prairie l’ont arrangée en conséquence, et la belle Victoria l’a rendue avec la grâce que l’on sait.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Robert Prairie : guitare
Victoria Valentino : voix


PAINT IT BLACK
(M. Jagger/K. Richards)
Rolling Stones, 1966

« Je veux que cette porte soit peinte en noir. » Qualifiée de géniale par John Lennon et par bien d’autres, Paint It Black raconte l’histoire d’un homme angoissé et dépressif qui veut que les choses qui l’entourent soient peintes en noir, pour qu’elles siéent à son âme.

La couleur exotique de la chanson, son aspect musical aussi riche qu’inédit, tout cela doit beaucoup à la sitar de Brian Jones et au pédalier d’orgue Hammond en guise de basse de Bill Wyman. Habillés à l’orientale, les Rolling Stones frappèrent dans le mille lorsqu’ils interprétèrent Paint It Black au spectacle d’Ed Sullivan. Le vieil éclaireur s’en frotta le menton.

Plusieurs ont vu dans la chanson, enregistrée en 1966, une réprobation du conflit vietnamien. Les soldats américains de retour chez eux, encore sous le choc des bombes au napalm, ne retrouvaient une certaine quiétude d’esprit qu’en s’isolant dans l’obscurité. Une autre théorie veut qu’elle fasse allusion au déclin et à la paranoïa d’Elvis Presley, qui fit peindre tout en noir sa chambre de Graceland.

Les Rolling Stones modifièrent la finale de la chanson en 1989, lors d’une tournée. Ils l’ennoblirent d’un jeu de guitare et de batterie dont les saccades rappellent le boléro de Ravel. C’est cette version que Robert Tremblay, vêtu d’un chemisier indien rouge comme du napalm en feu, a reprise au Club Soda, le 7 février dernier.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Jean-François Pronovost : voix
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : voix

DONNA
(R. Valens)
Ritchie Valens, 1959

Échec total. Les notes frileuses sur lesquelles les choristes ont décollé n’annonçaient rien de bon. Et, comme si cela ne suffisait pas, un problème de son a muselé ma guitare, abandonnant l’accompagnement aux pincements de guitare détachés de Robert Tremblay. Tout ça nous a laissés sans rythme, sans âme, et dans un tempo de marche funèbre. Si notre prestation a ressemblé à quelque chose, c’est au vol du petit Beechcraft Bonanza
de ce pauvre Ritchie Valens au-dessus des champs de maïs de l’Iowa, la nuit du 3 février 1959.

Je le redis : les pionniers du rock sont quasi inimitables. Leurs chansons ont le côté artificiel, emphatique et outré du théâtre. Les mieux réussies d’entre elles sont synonymes de soul blanc. Les interpréter, c’est marcher sur un fil.

Américain d’origine mexicaine, Ritchie Valens, de son vrai nom Valenzuela, est mort à dix-sept ans, laissant à jamais sa petite amie au San Fernando High, Donna Ludwig. Ne riez pas!

Donna occupait la 3e place du palmarès américain au moment où périrent Valens, Buddy Holly, J.P. Richardson et leur jeune pilote. (La face B du disque, La Bamba, est une chanson de folklore mexicain modernisée par Valens.) La mort de ce dernier mit toute l’école secondaire locale et toute la vallée de San Fernando à l’envers. Le Los Angeles Times, qui n’avait jusque-là jamais pondu plus de deux lignes sur le rock, envoya un de ses reporters interviewer Donna Ludwig. Les corps défaits et couverts de givre ne furent découverts que douze heures après l’écrasement. On trouva dans la poche du veston de Valens une note de sa mère : « Be good. I miss you every day. »

C’est moi-même qui ai pris la photo ci-dessous, il y a une couple d’années. Ritchie Valens dort sous un arbre, aux côtés de sa mère, dans le cimetière catholique de San Fernando Mission. Difficile de demander mieux.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Alain Pronovost : voix
André Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : guitare



ROUTE 66
(B. Troup)
Chuck Berry, 1961

Écrite par Bobby Troup en 1946, et enregistrée la même année par le Nat King Cole Jazz Trio, Route 66 fut inspirée à Troup par sa première femme, Cynthia, alors que le couple faisait route vers la Californie. D’où, de l’aveu même de Troup, la phrase « get your kicks on Route 66 ». Pour le reste, ce poète de la route se contenta de fabriquer des vers à partir des noms des villes entre Chicago et Los Angeles. Un de ses meilleurs est « 66 » avec « trip ».

On a dit de Route 66 qu’elle s’apparentait à ces légendes de l’Antiquité grecque dans lesquelles les marins évoquent le monde inconnu par la répétition orale de noms géographiques aux couleurs poétiques. D’autres y ont vu une métaphore biblique de l’errance - et de la quête de la terre promise, comme Springsteen le fit plus tard.
En 1961, Chuck Berry transforma la pièce en un hymne rock où dominent les rythmes syncopés de sa foudroyante Gibson ES 350T.

La prestation de Route 66 au Club Soda empunte beaucoup à la version qu’en firent les Rolling Stones en 1964, sauf au moment où Robert Tremblay, en guise de clin d’œil à Chuck, reprend brièvement l’intro à deux cordes de Carol.

Lorraine Bouchard : claquement des mains
Sophie Désourdy : claquement des mains
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Jean-François Pronovost : harmonica
Pierina Saia : claquement des mains
Robert Tremblay : voix, guitare


LOSING MY RELIGION

(B. Berry/P. Buck/M. Mills/M. Stipe)
R.E.M., 1991

« J’ai cru t’entendre rire. J’ai cru t’entendre chanter. Mais ce n’était qu’un rêve. » Tirée de l’album Out of Time, le septième de R.E.M., cette chanson primée aux Grammy Awards de 1992 reprend sur un rythme de rock alternatif un thème commun aux petites gens de l’Amérique et aux pionniers du rock and roll : le rêve. Ce rêve que les claviers traînants de Marie-Hélène Pennestri évoquent derrière un Robert Tremblay insistant.

On sait que R.E.M. est originaire de Macon, en Georgie. Or, dans beaucoup de régions rurales du sud des États-Unis, l’expression « losing religion » est employée comme juron pour rendre compte d’une affaire de cœur ou d’une réparation de moteur qui tourne mal.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : claviers
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : voix


Y A LES MOTS

(F. Guy/C. Péloquin/F. Raymond)
Francine Raymond, 1993

Née à Montréal en 1956, Francine Raymond débute dans le métier à l’âge de 17 ans. Elle chante des ballades et des chansons rock dans les salles de danse. On la retrouve ensuite choriste : Pierre Bertrand, puis Paul Piché, Michel Rivard et Francis Cabrel, profitront de son talent. En France, Y a les mots vaudra à Francine Raymond le trophée prestigieux des Octaves de la francophonie.

Personne n’osera dire que cette chanson qui souligne l’importance et la portée des mots ne convient pas à un lancement de livre. Robert Tremblay l’a rendue au quart de tour, même si l’échafaudage de cette pièce de dernière minute reposait sur des sables mouvants. Une heure avant le lever du rideau, Robert Tremblay et Robert Prairie la répétaient dans la loge du Soda, au milieu du brouhaha.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : claviers
Robert Prairie : guitare
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : voix, guitare


CÂLINE DE BLUES

(P. Harel/G. Boulet/M. Lamothe)
Offenbach, 1971

L’aventure d’Offenbach va de 1969 à 1985, avec une renaissance sans éclat en 1998. Sans éclat car sans Gerry, l’immense Gerry Boulet, décédé le 18 juillet 1990 à l’âge
de 44 ans. Fils d’un père camionneur et d’une mère hébergeant des pensionnaires pour joindre les deux bouts, le jeune Gerry a vite compris qu’il était fait pour la musique et, qui sait? pour un destin plutôt vite réglé. Car sa musique tout en blues et pleine d’allusions romantiques et sacrées est celle d’un homme qui a prescience de sa fin.

Gerry Boulet et Offenbach ont sillonné la France et rempli le Forum de Montréal trois fois. On les a vus avec Chuck Berry. Les annales du rock québécois mentionnent, bien entendu, leur spectacle à saveur grégorienne à l’Oratoire Saint-Joseph, en 1973.

Les choristes de Cavalcade sont unanimes : cette chanson les a faites monter au ciel, le soir du 7 février.

Jean-François résume ainsi les sentiments qui l’habitaient au moment d’attaquer Câline de blues : « Il était difficile de ne pas avoir une pensée pour ce formidable Gerry que Pierina et moi avions vu en spectacle solo au Grand Café, rue Saint-Denis, peu avant que ce fichu cancer ne l’achève. Nous avions beau le savoir cruellement malade, son cri du cœur éveillait notre espoir. »

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : claviers
Robert Prairie : guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix


HERE COMES THE SUN

(G. Harrison)
Beatles, 1969

George Harrison a dit dans une entrevue, l’année précédant sa mort : « Je ne suis pas un carriériste. Je suis plutôt un jardinier. » Here Comes the Sun a été écrite dans le jardin d’Eric Clapton, au cours d’une pause marquant un orageux meeting d’affaires des Beatles.

Tout comme Something, elle aussi de Harrison, Here Comes the Sun provient de l’album Abbey Road. La beauté et la fragilité de l’intro à la guitare acoustique préludent à des paroles d’un optimisme prudent. Des paroles qu’on pourrait qualifier de simplistes, mais pas chez Harrison, un être d’une grande pudeur, d’une grande lumière intérieure. Sa voix est sobre, comme celle d’un moine. Son jeu de guitare est au service de la musique. Son style scénique est celui d’un homme qui n’envie personne, chose assez rare dans le monde du rock and roll.

En passant, savez-vous que Robert Prairie a flâné dans Abbey Road, récemment?

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : claviers
Robert Prairie : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix


TWO OF US

(J. Lennon/P. McCartney)
Beatles, 1969

Cette chanson est tirée de l’album Let it Be, qui marque le commencement de la fin pour les Beatles. Paul voulait que le tournage d’un documentaire sur les Fab Four au boulot accompagnât la production de l’album. Ce qui fut fait, mais au prix d’engueulades pas chrétiennes du tout. Le studio Appel débordait de casse-pieds et de petits prétentieux. Les Beatles trébuchaient sur les fils, se heurtaient aux caméras, aux projecteurs et aux girafes. La Vierge noire (Yoko Ono) était là, ne quittant pas son John des yeux. D’après Ringo Starr, qui en avait marre, elle le suivait jusqu’aux chiottes. Après quelques mois, c’était devenu invivable. Des coups de poings furent portés.

John avait rêvé d’un album de garage, dépourvu d’artifices et de takes à n’en plus finir. Mais Phil Spector, appelé au secours d’un George Martin à bout de nerfs, se pointa avec son dix-huit roues d’instruments à cordes, de cornets à pistons et de choristes descendues du ciel. Résultat, on eut droit à l’album le plus surproduit de l’histoire des Beatles. Un an plus tard, nos quatre amis se séparaient.

Claude Goulet, Guillaume Marquis, Robert Prairie et mon frère JF n’ont pas répété les erreurs de leurs maîtres. Ils se sont tournés vers eux-mêmes plutôt que vers Phil Spector, et sont allés aux toilettes tout seuls.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare


ONLY THE LONELY
(R. Orbison/J. Melson)
Roy Orbison, 1960

Only the Lonely! Une des plus belles chansons de l’histoire de l’humanité! Je l’ai chantée au lancement de Kimberly, Mère de Dieu, et rechantée au Club Soda. Comme une femme, cette chanson exige beaucoup, tant vocalement qu’émotivement.

Le rock and roll tournait en rond lorsque, en 1960, Roy Orbison s’est amené de son patelin de l’ouest du Texas. Sa musique était nouvelle. Elle avait des accents d’opéra. Et elle était très noire, très lugubre. On raconte qu’elle a jeté un pont entre la musique d’Elvis Presley et celle des Beatles. Elle a amadoué les intellectuels et les beatnicks de San Francisco, qui, jusque-là, toisaient le rock de haut en bas.

On s’étonne d’apprendre qu’une chanson aussi pleine de pièges que Only the Lonely ait été enregistrée en vingt-cinq minutes. Mais n’oubliez pas qu’on est à Nashville et que les temps sont encore à la spontanéité, en 1960. Trente personnes, parmi lesquelles des violonistes de l’Orchestre symphonique de Nashville, remplissaient jusqu’au plafond l’étroit studio dans lequel la chanson fut enregistrée. Roy la chanta adossé au portemanteau. Le fameux dum-dum-dum-dumby-doo-wah est l’œuvre des Anita Kerr Singers et du vieux pote texan de Roy, Joe Melson.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : voix, basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Alain Pronovost : voix
André Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix
Robert Tremblay : voix, guitare
Camille Trudelle : violon
Louis Trudelle : violon


STOOD UP
(W. Dickerson/E.Herrold)
Rick Nelson, 1957

C’est moi qui ai amené Stood Up, un rockabilly de chat de gouttière qui a vaguement fait le palmarès, à la fin des années cinquante, et qu’aucun membre de Cavalcade d’étoiles ne connaissait véritablement. C’est l’histoire d’un chagrin d’amour qui commence à huit heures du soir.

Ricky Nelson rend la chanson d’une manière brillante, d’une voix d’adolescent stoïque qui ne perd son sang-froid qu’au moment du refrain, quand la fille fiche le camp. On retrouve à la guitare rythmique, fraîchement débarqué à Los Angeles, le jeune James Burton. Le même Burton qui, des années plus tard, jouera avec Elvis Presley, Johnny Cash et Elvis Costello, tout en contribuant à la création du fameux son de Bakersfield. La chanson se distingue par un claquement de mains à contretemps et par un accompagnement vocal aux accents de chant de ouaouaron.

Lorraine Bouchard : claquement de mains
Sophie Désourdy : claquement de mains
Claude Goulet : voix, basse
Guillaume Marquis : batterie

Alain Pronovost : voix
André Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : claquement de mains
Robert Tremblay : guitare


RUBY TUESDAY

(M. Jagger/K. Richards)
Rolling Stones, 1967

C’est Keith Richards qui a fait la musique de cette chanson simple et magnifique. Il est parti d’une création style berceuse élisabéthaine qu’un Brian Jones perdu dans ses foulards et coiffé de son grand chapeau blanc jouait au flageolet pendant l’enregistrement de Between the Buttons, un album où défilent les putains menteuses, les héritières à moitié folles et les ménagères qui s’ennuient. Dans son autobiographie, Faithfull, Marianne Faithfull compare au chant d’une mouette plaintive ce morceau de flageolet tremblotant et scandé qui domine Ruby Tuesday.

Club Soda, 7 février 2004 : Claude Goulet a remplacé le flageolet de Brian Jones par la flûte synthétique, et les foulards au cou par un bandage au pied. Robert Tremblay mène la chanson. Je l’accompagne sur le refrain. Robert et moi avions fait Ruby Tuesday lors du lancement de Kimberly.

Claude Goulet : flûte synthétique
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano

André Pronovost : voix, guitare
Robert Tremblay : voix, guitare


NOT FADE AWAY
(B. Holly/N. Petty)
Rolling Stones, 1964

Chanson écrite et enregistrée par Buddy Holly à la fin des années cinquante, et qui porte, comme Bye Bye Love, l’empreinte rythmique de Bo Diddley, le Noir à la guitare carrée. Ce sont toutefois les Rolling Stones qui, quelques années plus tard, lui donnèrent ses véritables accents vaudous. Le mouvement qui l’introduit et qui est maintenu jusqu’à la fin tient de la danse rituelle. La ligne musicale est toujours la même, et il n’y a que deux tonalités. Pas une chanson pour mélomanes avertis, et pourtant…

Je commençais à chanter lorsque, à l’automne de 1997, on s’est tapé un petit concert, au Bord-de-l’Eau, pour le lancement de Kimberly, Mère de Dieu. Ma maison débordait d’une cinquantaine d’invités qui se tenaient à trois pieds de nos nez. Nous avons ouvert le feu avec cette chanson, Robert Tremblay, Jean-François et moi. On en parle encore.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
André Pronovost : guitare
Robert Tremblay : voix, guitare


BYE BYE LOVE
(B. Bryant/F. Bryant)
Everly Brothers, 1957

On voulait faire Wake Up Little Susie, Jean-François et moi. Mais c’est une chanson du diable, d’un synchronisme vocal voisin de l’impossible, avec une intro à contretemps qui la fait ruer avant même qu’elle ne débute. C’était trop demander au musicien limité que je suis. Et nous manquions de temps.

Nous avons opté pour Bye Bye Love. Plus de trente artistes refusèrent cette chanson écrite par le couple Felice et Boudleaux Bryant, avant que les Everly Brothers ne la prennent et n’en fassent leur premier grand succès, au printemps de 1957. Elle fut pour le jeune Paul Simon une véritable révélation. « Cette chanson m’a tué », déclara-t-il en entrevue, des années plus tard. Keith Richards affirme pour sa part que Bye Bye Love et Wake Up Little Susie sont deux des plus grands titres de l’histoire du rock.

Don et Phil Everly crevaient de faim lorsqu’ils enregistrèrent Bye Bye Love. Phil l’entendit pour la première fois en se rendant voir sa petite amie sur le pouce, quelques jours plus tard; elle tournait à la radio de la voiture dans laquelle il était monté.

Chet Atkins est là. Floyd ‘Lightning’ Chance est là. La superbe intro, un chuintement à la Bo Diddley, fut amenée par Don à la toute dernière minute. C’est une chanson d’angoisse et de dépit adolescent, avec des halètements de poitrine que répercute le rythme syncopé
des guitares acoustiques.

Bye Bye Love fut la première chanson à faire les palmarès rock, country et rythm & blues. Et quand les Everly l’interprétèrent à l’émission du Grand Ole Opry, à Nashville, c’était la première fois qu’une batterie retentissait dans l’auguste temple du Ryman Auditorium.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Robert Prairie : guitare
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare


WHEN WILL I BE LOVED
(P. Everly)
Everly Brothers, 1960

Cette chanson très Everly, qui d’un seul coup de baguette magique tansforme le country et le folk en rock, porte la marque théâtrale et presque caricaturale des chansons des débuts du rock. Le narrateur n’en finit plus d’être trompé, rejeté, humilié, maltraité. On comprend que le pauvre jeune homme désespère de trouver l’âme sœur.

La version originale est d’un tempo modéré. Moins traînante et plus près de la colère que du lyrisme exacerbé est la version que les Everly ont enregistrée au Royal Albert Hall de Londres, en 1984. Albert Lee, qui a pris la relève de Chet Atkins, signe le long solo de guitare de la version moderne. (On sait qu’il n’y a pas de solo semblable sur la version classique.)

C’est cette version moderne que Jean-François et moi avons choisi d’interpréter, avec notre ami Robert Prairie dans le rôle d’Albert Lee.

Pas facile, croyez-moi, de chanter du Everly.

Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Robert Prairie : guitare
André Pronovost : voix, guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare


THE PROMISED LAND
(B. Springsteen)
Bruce Springsteen, 1978

C’est mon frère Jean-François qui est arrivé avec cette chanson bourrée d’explosifs, et c’est moi qui ai demandé qu’on en fasse la pièce d’ouverture du spectacle. Personne n’a rouspété. Car c’est une chanson formidable. Et je voulais qu’en partant on ébranle la baraque. Les guitares crient et les voix rugissent. Le piano jette feu et flamme. L’apaisement des violons ne dure jamais bien longtemps. Cette chanson riche de soubresauts et de violence romantique est tirée de Darkness on the Edge of Town, un album dont le son martèle sans relâche, et que les critiques endimanchés ont pu trouver déprimant. Mais ce n’est pas vrai. Ce quatrième album de Bruce Springsteen, plein de camions pick-up et de références à la richesse et au manque de richesses, est un album d’espoir, un album dur, fier, biblique, dans lequel on « gagne son pain à la sueur de son front ». The Promised Land n’est pas sans faire penser aux Raisins de la colère de Steinbeck : le péché existe, mais la rédemption est possible. Il se pourrait bien, au terme de ce scénario noir qu’est l’existence américaine, que les derniers soient les premiers.

Jean-François a ajouté à l’original de la chanson une intro à l’harmonica absolument remarquable, qui fait très John Ford. Il ne manque que la lune. Mais deux coups de grosse caisse marquent le début des hostilités. On ne rit jamais avec The Promised Land. Il y a du boulot à faire. Il y a de la souffrance physique et morale.

Lorraine Bouchard : voix
Sophie Désourdy : voix
Claude Goulet : basse
Guillaume Marquis : batterie
Marie-Hélène Pennestri : piano
Robert Prairie : guitare
Jean-François Pronovost : voix, guitare, harmonica
André Pronovost : voix, guitare
Pierina Saia : voix
Camille Trudelle : violon
Louis Trudelle : violon

 

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